Non, les maisons de retraite ne sont plus des mouroirs

Publié le 20 Avril 2016

Non, les maisons de retraite ne sont plus des mouroirs

Quand j’étais petite, je me souviens d’une maison de retraite au bout d’une grande l’allée. 

Derrière la porte d’entrée il y avait une haie de vieux tout ridés. Il était impossible de passer de front entre les deux rangées de chaises alignées.

De nombreux sourires édentés saluaient notre arrivée et il y avait toujours une petite vieille voutée qui disait à chaque entrée:

C’est qui qui vont voir ?

C’est vrai que la principale occupation de tous ces gens était de guetter les entrées et les sorties, les places stratégiques de l’entrée étaient donc très disputées.

Notre inspection achevée, nous étions happés vers un grand couloir carrelé qui sentait l’éther et le pipi… 

Je visitais ma grand-tante Marie qui dormait dans l’une des chambres minuscules à deux lits, à deux armoires en bois mais avec un unique lavabo coincé derrière la porte d’entrée.

Aucune intimité pour se déshabiller,

faire sa toilette, recevoir sa famille ou pour mourir.  

Lorsque les pensionnaires ne pouvaient plus aller aux cabinets du bout du couloir, ils se soulageaient dans une chaise percée installée entre les deux lits d’où l’odeur âcre flottant dans l’air ambiant.

Quelques hommes somnolaient l’après-midi devant le poste de télé du réfectoire.

Que c’était triste !

L’endroit le plus animé était la cuisine où ma tante allait éplucher les légumes avec quelques voisines encore habiles. La plupart des légumes étaient d’ailleurs cultivés dans le grand jardin de l’établissement et était entretenu avec l’aide des pensionnaires valides.

Parc d'une maison de retraite

Parc d'une maison de retraite

Dans les années 1970, ce genre de maison de retraite était pourtant moderne et les pensionnaires peu dépendants. C’était la décennie de la transition où dans les campagnes, les parents âgés ne restaient plus avec les jeunes et commençaient à remplir ces structures "nouvelle génération". 

C’était le luxe comparé aux grandes salles communes des hospices gérées par des religieuses austères et des règlements militaires.

Alors pour les anciens, partager une chambre, avec juste une autre personne n’était pas une corvée. Ils avaient passé une partie de leur vie sans sanitaires avec les petits coins au fond du jardin alors des toilettes sur le palier, franchement ce n’était pas un problème. 

Ce système a plus ou moins perduré jusque dans les années 1990 et puis peu à peu il a fallu médicaliser. L’espérance de vie s’était allongée et les personnes âgées sont devenues de plus en plus dépendantes. 

Les soins se sont largement professionnalisés, les aides-soignantes ont remplacé les filles de salle comme on les appelait.

Côté vie sociale, pas grand choses n’était encore proposé. Les salons ressemblaient à des salles d’attente et lorsque j’ai commencé à travailler dans l’un de ces lieux je me demandais ce que tous ces gens pouvaient bien penser et espérer, muets et immobiles sur leurs fauteuils en skaï.

C'est vrai qu'ils paraissaient en attente de mourir

Je me disais qu’ils avaient si peu de temps à vivre et tant de temps à tuer dans leurs interminables journées. Je me demandais si la mesure du temps d’une personne de 90 ans était la même que la mienne, jeune femme de 30 ans.

Film les vieux de la vieille

Film les vieux de la vieille

Et puis, j’ai vu et vécu l’évolution de ces 20 dernières années. L’arrivée des animateurs, l’avènement des EHPAD, la construction de structures adaptées, d’unités protégées.

Les personnels qui se sont formés à la bientraitance, à l’humanitude, aux pathologies démentielles, aux soins palliatifs….

Les notions d’environnement, de projets de vie, de projets personnalisés, de vie sociale, d’activités spécifiques, de thérapies non médicamenteuses ont vu le jour et sont encore largement travaillées.

Les pensionnaires sont devenus résidents à part entière de leur chambre, lieu de vie privé.

Nos structures sont en permanence dans des démarches qualité et il est bon parfois, malgré nos difficultés, de nous retourner pour mesurer comment le prendre soin de nos ainés a sans cesse évolué et ne cesse de s’enrichir.

Non, nos maisons de retraite ne sont plus des mouroirs, elles sont des lieux de la vraie vie.

Entrez sans a priori, vous en ressortirez transformés.

 

Loto en EHPAD

Loto en EHPAD

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Publié dans #De l'hospice à l'ephad

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Commenter cet article

Louanne 29/09/2016 08:36

Pour y avoir bossé, c'est vrai que maintenant c'est devenu médicalisé et on fait très attention aux résidents. Malheureusement, le manque de moyens fait qu'on manque de personnel et on plus dans le soins que dans le dialogue. Bon après y'a des gens pour ça, mais on est avec eux pratiquement tout le temps, donc ça aurait été bien qu'on puisse discuter, prendre le temps

29/09/2016 08:51

Bonjour Louanne, c'est super que tu prennes le temps de venir lire mes articles Alzheimer
Je sais, je vis les difficultés mais il est bon de se retourner pour voir les avancées, les évolutions de prise en soins et les choses positives qui se dessinent chaque jour dans les ehapd.
Il n’empêche que certains jour, nous sommes fort déçus (et parfois découragés) des beaux discours politiciens pour améliorer les conditions de vie de nos ainés en établissements gériatrique. Ils sont souvent à des années lumière des moyens humains et financiers dont disposent nos directions.
Bonne journée
Bises
Véronique

Elise 20/04/2016 15:47

Bonjour, vous avez de la chance concernant l'établissement que vous avez visité. Mais je peux hélas vous confirmer que des mourroirs existent encore bel et bien en France en 2016. Certes, le plus souvent extérieurement ils paraissent beau et propre, parfois neuf. Mais le manque de soin et d'attention, voir de respect des personnes agées y est trop souvent légion. Que ce soit en tant que soignante ou pour mes grands parents, j'ai eu à faire à de nombreux établissements et très peu avaient le minimum de respect et de soin. En général, la personne décedait en six mois, sauf pour certains établissements publics beaucoup plus controlés. A l'heure actuel, ls maisons de retraite sont des business pour leur majorité et il faut être ultra vigilant quand l'un de nos proches y va.

20/04/2016 21:39

Bonjour Elise,
La majorité des personnels d'ehpad font leur possible pour accompagner avec bienveillance les ainés de leurs structures.
Les cas (parfois médiatisés) de non traitance ou de maltraitance existent et ne font pas honneur à nos professions.
A nous et aux familles d'être effectivement vigilants et surtout d’œuvrer pour améliorer les conditions de vie des personnes accueillies et de travail des personnels.
Je rêve depuis des années d'un reportage qui suivrait sur une longue durée, la vie d'un ehpad et montrerait non pas uniquement la vitrine mais aussi nos difficultés, notre travail quotidien, notre disponibilité, nos idées et la diversité de nos résidents.....
Merci de ton message