La grande incompréhension

Publié le 23 Juillet 2017

La grande incompréhension

Irène ne supporte plus le toucher, son corps se contracte dès qu’une main se pose sur elle.

Irène ne supporte plus le froid, elle geint dès qu’on la déshabille.

Irène ne supporte plus l’eau, elle hurle sous la douche.

Irène ne sourit plus, ne mange plus, ne marche plus.

Irène a peur du moindre bruit, les couverts qui claquent sur une table, le vent qui s’engouffre par la fenêtre la font pleurer.

Irène ne supporte pas quand ça bouge, la tête de lit qu’on lève pour l’asseoir l’incommode.

Irène se bloque devant les seuils de porte, devant l’ascenseur, elle ne veut pas entrer dans ce monde inconnu.

Son quotidien est une grande incompréhension 

La toilette est un moment particulièrement pénible pour elle et pour les soignants.

Comment prendre soin d’elle, de ce corps si frêle et si lourd à la fois. Elle semble n’être faite que d’une seule pièce, ses bras sont verrouillés contre son buste, ses jambes sont serrées l’une contre, ses articulations sont bloquées.

Irène geint doucement

Une fois levée, elle penche très en arrière, prête à tomber et les soignants renoncent souvent à la faire marcher. Ils y en a même qui disent que l’on s’acharne, qu’il faudrait prendre le lève personne.

Irène est installée dans un fauteuil où elle se recroqueville en attrapant un pan de sa robe qu’elle essore sans fin comme un linge sortant de la lessiveuse.

On l’a roulé près de la grande baie vitrée pour que ses vieux os soient réchauffés par les rayons du soleil mais ses mains restent froides entortillées dans le tissu nylon.

Elle ne regarde rien du dehors, ni les dahlias en fleurs, ni les voitures qui passent, ni les acheteuses du matin.

Elle est là, tête penchée sur le côté

Par moment on l’entend marmonner effarée, se défendant contre un reflet dans la vitre, la table qui a bougé, son fauteuil déplacé ou quelques images du passé.

Elle ne peut plus interpréter

Les soignants sont pourtant très doux et attentifs, ils lui parlent, lui caressent la joue, la manipule avec précaution, veille à ce qu’elle soit bien couverte, lui mette son beau gilet, la font manger à la petite cuillère.

Mais ça ne suffit pas !

L’équipe s’interroge, échange, tout le monde n’a pas la même vision. Certains tentent de s’y prendre autrement, de réfléchir au pourquoi de ses comportements alors que d’autres se résignent à la progression inéluctable de la maladie d’Alzheimer.

Et puis un jour vint HUMANITUDE !

Dans un prochain article, la renaissance d’Irène

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Publié dans #Résidents, #Soignants

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