Avant/Aprés Humanitude
Publié le 4 Janvier 2019
Irène ne supporte pas le toucher, son corps se contracte dès qu’une main se pose sur elle. Elle bat des bras, agrippe, grimace, tord les doigts du soignant. Cette situation est très pénible autant pour le soignant que pour la résidente avec qui l’entrée en relation est impossible. Malgré toute la douceur déployée, le soin devient impossible ou se transforme en bras de fer.
Nous connaissons tous de ces résidents avec des troubles du comportement qui mettent à mal notre façon de faire habituelle, qui nous font douter des techniques apprises à l’école et des compétences acquises au fil des années.
Accompagner des résidents, malades Alzheimer ou avec des troubles apparentés nécessite de sans cesse se remettre en question et d’acquérir des façons alternatives de prendre soin.
Il est essentiel que le soin conserve du sens et que le résident conserve son statut d’être humain. C’est la philosophie HUMANITUDE qui nous a aidé dans cette démarche.
Depuis nous accompagnons Irène dans le calme lors de soins consentis.
Sur la porte de chambre d’Irène, un panonceau invite à frapper de façon particulière, un « toc, toc » long pour avertir la personne de l’arrivée du soignant et ainsi ne pas créer d’effet de surprise ou de peur.
Irène n’est plus en capacité de dire « Entrer » mais ce long toc, toc est le temps suffisent pour qu’elle ouvre les yeux et tourne sa tête vers la porte. Elle est alors en éveil, elle a entendu et sentit la présence de quelqu’un à ses côtés.
Brigitte, l’aide-soignante peut alors s’asseoir au bord du lit et effectuer les trois étapes suivantes
REGARD - PAROLE - TOUCHER
- Bonjour Irène, c’est Brigitte l’aide-soignante, je suis venue passer un bon moment avec vous peuvent être les paroles de la soignante sur un ton doux, calme et rassurant. Je vais vous aider pour votre toilette, voulez-vous faire avec moi ?
Le soin ne démarrera qu’après le consentement verbal ou non verbal de la résidente. Irène peut sourire, dire oui, se décontracter…Elle peut également ne pas consentir, Brigitte dira alors :
- Je sens que ce n’est pas le bon moment, je vous laisse vous réveiller, je reviens tout à l’heure et le soin sera alors différé (souvent quelques minutes suffisent, le temps de préparer les affaires par exemple).
Le toucher n’est introduit que lorsque que Brigitte aura reçu l’approbation d’Irène. Ce toucher professionnel démarre par une zone neutre du corps (mollet, cuisse, bras pour se terminer par les zones du corps les plus sensibles mains et visage). Il est progressif, doux, permanent et pacifiant.
Brigitte effectue la toilette en gardant toujours Irène en lien avec elle par la permanence de sa parole, de son toucher et de son regard, ceci est appelé.
REBOUCLAGE SENSORIEL
Brigitte annonce et décrit tous ses faits et gestes en recherchant une participation active d’Irène.
Quelques exemples :
- Irène, je vais retirer la couverture, je vous découvre
- Je vais passer le gant mouillé sur votre jambe, je vous lave la jambe droite
- Je vais laver votre intimité, je passe le gant mouillé sur votre intimité.
- Je vais soulever votre jambe gauche, je soulève votre jambe gauche (en la prenant par dessous, il ne faut pas saisir en pince).
- Je vais vous mettre votre chaussure, je mets la chaussure droite.
Outre le fait de prévenir et d’expliquer les actions, cette façon de faire met en place un autre outil appelé « auto feed-back » qui alimente l’énergie de Brigitte et évite un soin silencieux appauvrissant la relation avec Irène.
La toilette du haut se poursuit au bord du lit ou au lavabo. Brigitte invite Irène à se frotter les mains ou la guide pour se coiffer.
Le soin se termine toujours par un mot positif, valorisant et un remerciement :
- Merci Irène du bon moment passé ensemble.
Et par une prise de rendez-vous :
- Je reviens vers vous à midi pour vous accompagner au repas.
Ces techniques Humanitude fonctionnent la plupart du temps. Parfois une toilette doit être réalisée à deux soignants, l’un effectuant le soin technique et l’autre conservant la relation sensorielle permanente.
Vivre des soins apaisés dans une sorte de communion avec les résidents et d’autres soignants sont des moments extrêmement gratifiants où chacun à naturellement envie de se dire merci.
Malgré tout, il ne faut pas se mentir, acquérir cette façon particulière de communiquer demande un peu d’entrainement et aussi de se libérer du regard des autres.
L’on observe également que lorsque le soignant est fatigué, préoccupé et que les étapes du soin ne sont pas respectées, les troubles du comportement réapparaissent immédiatement. Le résident réagit en se défendant du soin mécanique qu’il ne comprend pas.
Par contre, au fil du temps, l’on observe également que le résident à la mémoire du soin positive, il reconnait l’approche bienveillante, la parole, le toucher du soignant qui travaille en Humanitude.
/image%2F1914373%2F20180507%2Fob_e26232_je-t-aime.jpg)
